Réflexions à propos de l’oeuvre de Niele Toroni

Niele Toroni (C) Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

Devant ses toiles, on se demande si Toroni n’opère pas une radicalité dans la non représentation ? Les Vanités avaient exploré cette idée. La nature morte, qui se réfère aux Vanités, représente des choses périssables, mais apparemment attirantes : fleurs, fruits, vins et venaisons. Plus tard, les fleurs se faneront, le vin deviendra aigre et les mets pourriront. Dans les tableaux, cela n’arrive pas et l’ambiance vire à la fête pour peu que l’on y ajoute des personnages enjoués. Avec Niele Toroni, c’est carême. Bien que la subjectivité rende tout possible, le spectateur (s’agit-il vraiment d’un spectacle?) d’une œuvre de Niele Toroni ne verra de la nature morte que son abstraction. Avec une patience monacale, Toroni trace au pinceau des petits rectangles noirs sur fond blanc. Ils évoqueraient les neumes du chant grégorien si leur disposition toujours semblable n’indiquait un son plat et continu. Heureusement, la peinture offre une contemplation de l’inaudible. En soulignant le blanc, Toroni le dilate. Il dépasse la surface comme la blancheur de la nappe, dans les natures mortes, glisse entre ses plis une notion d’éternité. Pour le reste de la composition perturber cette blancheur participe d’un langage. Plus célèbre que vue, l’oeuvre de Toroni se résume à une dualité de traits sur un fond blanc. Elle s’émancipe ainsi de la possibilité d’une gestuelle inspirée pour une autre qui revendique son arbitraire.

 

Niele Toroni au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris © Pierre Antoine
Niele Toroni au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris © Pierre Antoine

Dépouillée de tout artifice, son oeuvre montre ce presque rien propre à l’art minimal. On est surpris en découvrant que ses traits peuvent aussi bien être polychrome, mais on se rassure en constatant que la signification de cette écriture semble inchangée.

Niele Toroni : Musée d’Art moderne de la Ville de Paris : 24 09 2015 – 10 01 2016 : Vernissage le 23 09 2015.
Niele Toroni : Musée d’Art moderne de la Ville de Paris : 24 09 2015 – 10 01 2016 : Vernissage le 23 09 2015.

 

Photo-souvenir - De gauche à droite, Michel Parmentier, Daniel Buren, Olivier Mosset, Niele Toroni. « Manifestation 1 », 3 janvier 1967, 18e Salon de la Jeune Peinture, Musée d’art moderne de la Ville de Paris. ©Bernard Boyer.
Photo-souvenir – De gauche à droite, Michel Parmentier, Daniel Buren, Olivier Mosset, Niele Toroni. « Manifestation 1 », 3 janvier 1967, 18e Salon de la Jeune Peinture, Musée d’art moderne de la Ville de Paris. ©Bernard Boyer.

La répression iconoclaste due à la Réforme a laissé des traces dans les mentalités suisses. La tendance minimaliste, tout en s’insérant dans la modernité, a offert un moyen d’expression à la non représentation. Elle rejoint l’abstraction américaine pour des raisons similaires. Elle s’harmonise avec le Ma japonais et la tradition judaïque plus auditive (le son de la Création) que la culture gréco romaine et catholique axées sur la vision. Elle réactualise enfin les Avant-gardes russes qui le méritaient. Cette synthèse, historiquement importante, Toroni la réalise avec ses toiles peintes. Comme l’eau éteint le feu, Toroni et ceux de son groupe ont calmé l’ardeur de l’abstraction lyrique. Leur courant les a entraîné dans une abstraction non seulement du sujet, mais aussi de l’image. Si le mouvement dans l’immobilité est en général le fait du tableau, chez Toroni, la matérialité des traits reflète, dans une illusoire temporalité, la beauté de leur passage. Quand Toroni peint au pinceau n°50 des traits espacés de 30 cm, par quelle magie ses tableaux font-ils rêver d’évasion cosmique ?

Oeuvre réalisée et présentée pour "Manifestation III", Salle de conférence du Musée des Arts décoratifs, Paris, avec Buren, Mosset, Parmentier, le 2 juin 1967. Groupe BMPT
Oeuvre réalisée et présentée pour « Manifestation III », Salle de conférence du Musée des Arts décoratifs, Paris, avec Buren, Mosset, Parmentier, le 2 juin 1967. Groupe BMPT. Hauteur : 2.33 m Largeur : 2.49 m. Photo (C) Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat. Droits d’auteur (C) Niele Toroni

 

 

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