Jane Campion : la quête de la femme totale

La réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion s’est imposée comme une figure de proue du 7ème art contemporain. Révélée en 1986 par le court-métrage « Peel », son cinéma, porté par des femmes au tempérament singulier, offre une fresque variée des passions humaines dans une esthétique spontanée.

 I- Portrait d’une femme poétisée

Ses héroïnes, à la recherche de l’épanouissement personnel, se heurtent tantôt à des individualités portées par des passions contraires, tantôt à la norme que la collectivité a pu établir. Elles apparaissent ainsi comme de grandes incomprises, parfois amoureuses et passionnées suscitant la jalousie, parfois angoissées et refoulées participant à leur propre marginalisation. Dans son premier long métrage en 1989, « Sweetie », deux sœurs aux caractères radicalement différents, l’une chétive et torturée, l’autre énorme et exubérante, entrent en confrontation et préfigurent deux types féminins qui seront développés dans les films suivants

C’est par la confrontation de ces différents éléments que le récit tire sa force, nourrit par des personnages qui cultivent leur originalité et qui souvent, devant l’impossibilité de se faire comprendre par le groupe, développent un langage qui leur est propre. Ses forces vitales trouvent alors à s’exprimer d’une manière détournée. Ainsi, dans « La leçon de piano » (1993), l’instrument de musique devient la voix assourdissante d’une héroïne muette. Dans « Un ange à ma table » (1990), dans « Bright Star » (2009), la poésie est tantôt un langage protecteur, tantôt une rencontre amoureuse. Mais l’héroïne, par ses choix singuliers, par son tempérament exacerbé, creuse le fossé avec sa communauté, se condamne à la déconvenue et à la souffrance. En érigeant son univers poétique, Janet Frame (Un Ange à ma table), participe à son isolement et alimente l’incompréhension avec son entourage, à tel point qu’elle sera déclarée à tort schizophrène par les médecins. De la même façon, dans « La leçon de piano », Ada ne parvient pas à faire comprendre à son mari, homme rustre, la place essentielle qu’occupe l’instrument dans son existence.

II- Une plastique pétulante.

Pour nous faire sentir au plus près le jeu des passions, Jane Campion choisit le plus souvent une temporalité linéaire, animée par un rythme qui décompose les humeurs des personnages en créant une proximité avec le spectateur.

Depuis ses premiers films, son style s’est assagi. Incisif dans « Sweetie » avec des raccords scabreux, une caméra aussi perturbée que perturbante, « La leçon de Piano », « Bright Star », plus classiques, ou « Holy Smoke », développent une plastique plus harmonieuse, moins à fleur de peau. Dans ces derniers, la caméra est plus distante, observe le jeu des passions sans y prendre directement part, se comporte comme une observatrice. Dans « Sweetie » ou dans « Un ange à ma table », au contraire, la caméra semble se confondre avec le regard du personnage, si bien qu’on peine parfois en tant que spectateur à identifier immédiatement ce qu’il se passe. A ce titre, les premières scènes de « Sweetie » sont éloquentes. La caméra nous lâche, de manière un peu embrouillée, dans la vie d’une jeune femme ; le voile se levant seulement à mesure que le récit évolue. Cette manière de filmer, assez déroutante, permet en revanche un rapprochement au plus près de la personnalité des héroïnes. Dans ses films de conception plus classique, Jane Campion nous suggère la vie des passions par le jeu des lumières, des couleurs, l’utilisation efficace des paysages ou le rythme des saisons qui bercent l’épanouissement d’une relation amoureuse.

Aussi, les films de Jane Campion chantent le langage des passions humaines sur une musique parfois survoltée, parfois emprunte d’un grand romantisme, ce qui ne manquera pas de surprendre, d’étonner ou d’enchanter le spectateur.

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