L’émergence de l’art hyperréaliste

 

 

A l’heure où les techniques de reproductibilité (imprimantes 3D, appareils photos, téléphones portables…) sont en plein essor, où les photographies se prennent de plus en plus facilement grâce à des médiums de plus en plus mobiles et petits, et se partagent à une vitesse grandissante, on observe l’émergence d’artistes qui cherchent à reproduire la réalité le plus parfaitement possible. On peut parler d’art « hyperréaliste ».

 

Trouble photographique

 

Lors de l’apparition des appareils photographiques, les peintres,, n’ayant plus le besoin de représenter la réalité, s’adonnèrent à des pratiques plus abstraites. Ils avaient à portée de main un outil permettant de faire leur travail avec un moindre effort. Naissait alors la représentation de sentiments, l’expression de soi.

 

Tandis que les appareils photographiques sont a priori de plus en plus performants, le dessin se trouve aujourd’hui dans une période d’évolution. En effet, on constate que ces deux moyens de représenter la réalité, la photographie et les arts graphiques tendent parfois à se confondre. Quel étonnement devant une œuvre de l’artiste Diego Fazo lorsqu‘on est forcé de se demander s‘il s‘agit d’une photographie ou bien un dessin. S’il ne s’agissait que d’une photographie, l’œuvre serait déjà très réussie car l’angle d’approche est bien choisi par l’artiste et l’ensemble produit un effet esthétique; mais ce sont bien des dessins, réalisés avec une extrême précision et une infinité de détails.

A l’époque des premières plaques photographiques, seul le temps d’attente était une contrainte. Cela dit, la lenteur de ces médiums, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, produisait des images dont les détails restent durs à égaler avec nos appareils aujourd’hui pourtant si rapides et réactifs. Les évolutions technologiques nous ont fait gagner en rapidité mais perdre en détail.

Ainsi, l’émergence de la représentation du réel dans ses moindres détails, à l’aide du dessin, serait une réaction à une éventuelle frustration engendrée par la perte de précision des photographies modernes.

Du détail reproduit grâce au médium photographique

Si les artistes se plaisent à produire des œuvres pleines de réalisme, c’est peut-être aussi parce que la prise de photographies macroscopiques se banalise. Permettant de capter des instants de manière rapprochée, avec les plus minces détails, cette technique a aussi l’avantage d’être rapide et de plus en plus accessible. Cette évolution serait une aide bénéfique aux artistes souhaitant reproduire le plus petit grain de peau avec la plus grande fidélité.

A l’inverse, les photographies tendent parfois, grâce aux logiciels de retouche, à se rapprocher de la peinture. Il s’agirait là d’une manière d’exploiter, jusque dans les moindres recoins, les technologies actuelles. Face à l’hyperréalisme des artistes dessinateurs , les photographies sont retouchées et côtoient désormais des univers oniriques et surréalistes. Drôle de paradoxe.

Une océan de détails…qui a tendance à noyer la signature

Bien que les tableaux soient signés, la touche de l’artiste devient bien difficile à reconnaître dans un portrait hyperréaliste. On irait vers une course au réalisme, à la réalité la mieux représentée. Le rêve, l’imaginaire, l’empreinte personnelle n’ont pas leur place dans l’hyperréalisme, il faut nous perdre dans les recoins de peaux représentés avec finesse et précision.

Face à de tels tableaux, une question demeure. Où peut-on saisir la signature de l’artiste dans cet océan de détails et de fidélité à la réalité? Comment l‘artiste livre-t-il sa vision du monde à travers une œuvre destinée à le représenter non pas, tel qu’il le perçoit, mais tel qu’il est. Partant, la signature artistique se perdrait presque dans la production graphique. S’agit-il seulement d’une prouesse technique où l‘homme devient l‘égal de la machine? Quoiqu’il en soit, de tels dessins laissent sans voix et ne peuvent qu’étonner, impressionner.

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