Célébration et contestation : l’art à l’heure de la coupe du monde de football

Le 13 juillet 2014 a eu lieu la finale qui opposait l’Argentine et l’Allemagne pour le titre mondial, qui s’est soldé par la victoire de la Mannschaft. Le football, qui existe officiellement depuis 1863, a d’abord été connu en Angleterre sous le nom de Football Association. Ses racines remontent au Moyen-Âge, et la FIFA fut fondée en 1904, et la première coupe du monde a eu lieu en 1930. Introduit par l’anglo-brésilien Charles William Miller en 1894 à São Paulo, le football devint pour le Brésil une passion nationale ; celui-ci se désigne désormais comme “ o país do futebol “ (le pays du football)”. 

L’événement, qui a démarré le 12 juin dernier, a été accueilli par le Brésil non sans mal, malgré l’euphorie du départ. “Le Brésil a cassé sa tirelire”, annonçait le quotidien parisien « métro » le jour du premier affrontement. En effet, la Coupe du Monde n’aura jamais été aussi coûteuse, et la facture faramineuse revient au pays pour lequel ce sport est le plus sacré. Selon Métro, le 12 juin 2014, 8 milliards d’euros auraient été dépensés pour le Mondial Brésilien, au lieu des 3 milliards initialement prévus. Selon BSI economics, la note étalée sur 7 années entre 2007 et 2014 s’élèverait même à 15 milliards d’euros. Une différence justifiée par le gouvernement brésilien, mais qu’une majeure partie de la population juge extravagante. La somme couvre notamment des infrastructures qui accumulent des retards dans leur construction.

Au moment du lancement du projet, en 2007, le Brésil ne s’attendait pourtant pas à une telle somme. En effet, le 30 octobre, lorsque la Fédération internationale de football (FIFA) confia l’organisation de la Coupe du monde 2014 au Brésil, les Brésiliens y virent une reconnaissance de la part de la communauté internationale ainsi qu’une aubaine économique. A cette époque, le président de la confédération brésilienne de football, Ricardo Teixeira, qui a démissionné depuis pour “raisons médicales”, en fait pour accusations de corruption, évoquait même une “conquête historique pour le pays et le peuple brésilien”.

épartition des 15 Milliards € dépensés par le Brésil pour la Coupe du Monde de la FIFA 2014 (en Milliards €)
Source :  www.bsi-economics.org/372-coupe-du-monde-fifa-2014-bresil-rentable en date du 05/06/2014

Autour de ces considérations d’ordre politique et économique, les artistes se font entendre, connaître et reconnaître.

La coupe du monde: un événement sportif… et artistique

Le trophée est peut-être l’élément le plus ancien de cet événement. À l’origine de celui que l’on connait aujourd’hui sous le nom de “trophée Jules Rimet” se trouve un ancien président de la FIFA ; il fit concevoir le trophée original de la Coupe du monde de football. Représentant la déesse grecque de la victoire, Niké, créé par le sculpteur français Abel Lafleur, il mesure 35 centimètres de haut, pèse 6,175 kilogrammes et est en argent fin plaqué or. La FIFA commande ensuite un nouveau trophée à la fin des années 1970, qui fut sélectionné parmi 23 propositions provenant de 7 pays. C’est la coupe de l’italien Silvio Gazzaniga qui fut officiellement retenue, puis présentée lors de la coupe du monde de 1974.

 

Le ballon de football, élément omniprésent qu’on oublie presque, fait lui aussi l’objet d’un très attentif processus de conception. Adidas produit le ballon officiel de la Coupe du monde. Chaque année, il fait l’objet de nombreuses spéculations. Celui de 2014 n’aura jamais été autant testé, selon le journal Dezeen. “Bracuza”, qui est le nom du ballon sélectionné cette année, signifie “brésilien”. Le ballon de 437 grammes est composé de six panneaux de polyuréthane rouge, bleu et vert sur fond blanc dont les motifs représentent les célèbres bracelets brésiliens. La taille des coutures et les procédés de collage utilisés pour assembler les pièces jouent un grand rôle dans la performance du ballon et dans sa “jouabilité”. Il a été longuement testé durant deux ans et demi par 600 joueurs de 30 équipes dans le monde entier, dont Lionel Messi et Zinédine Zidane.

 

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Enfin, le logo de 2014 a été choisi par un jury restreint composé de l’architecte brésilien Oscar Niemeyer, du graphiste Hans Donner, de la top model Gisele Bündchen, de l’écrivain Paulo Coelho, de la chanteuse et actrice Ivete Sangalo et de deux personnalités du football : le président de la fédération brésilienne de football, Ricardo Teixeira, et le Secrétaire général de la FIFA, Jérôme Valcke. Nommé « Inspiration » il est une création de l’agence de graphisme brésilienne Africa. Pour l’anecdote, il a été par la suite détourné lors de la défaite cinglante du Brésil contre l’Allemagne, écrasé à 1 but marqué contre 7; la parodie représentant alors une personne se prenant la tête entre les mains accablée par la déception. Défaite qui fut d’ailleurs l’objet de nombreux autres détournements humoristiques sur les réseaux sociaux.

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Des accessoires conçus par de grandes marques

Sollicité afin de concevoir des accessoires pour les joueurs, la marque à influence mondiale Nike n’a pas laissé filer l’occasion pour prouver ses prouesses techniques et son pouvoir d’innovation, notamment en faisant imprimer un sac de sport en 3D. Ce dernier, nommé “Rebento”, qui signifie en portugais “exploser”, il s’agit, selon Nike, du premier sac imprimé en 3D au monde.

Cette année, la FIFA a également demandé à la maison Louis Vitton d’imaginer une valise ornée de son célèbre logo pour transporter cette mythique et désirée coupe. En résulte un bel écrin manufacturé avec qualité.

« La Fédération Internationale de Football Association (FIFA) a commandé pour la seconde fois à Louis Vuitton une malle conçue spécialement pour transporter le trophée si convoité de la Coupe du Monde. » Source : http://fr.louisvuitton.com/fra-fr/articles/seconde-finale-de-la-coupe-du-monde-pour-la-maison-louis-vuitton en date du 4/07/2014

Une communication à tendance artistique autour de l’événement

Les stades brésiliens qui accueillaient la coupe ont été illustrés dans des affiches par l’artiste portugais André Chiote: communication qui cherche à transformer ces infrastructures en beaux dessins graphiques et blocs colorés. On notera également que cette même technique a été utilisée par l’artiste Rafael Mayani qui a créé des illustrations pour mettre en avant plusieurs stars de football participant à la Coupe du Monde 2014. A ce titre, un poster réunissant Messi, Drogba ou Cristiano Ronaldo a ainsi été mis en vente pour 18 $.

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Par ailleurs, le graphiste canadien Dead Dilly, qui a constaté que les maillots de football 2014 n’ont pas sollicité de grands artistes pour les dessiner, remédie au problème. Pour cela, il réinvente, à sa façon, les maillots nationaux en s’inspirant de 10 designers stars: Rick Owens, Raf Simons, Jil Sanders ou encore Alexander McQueen se prêtent ainsi au jeu du ballon rond par l’intermédiaire de Dead Dilly.

Angleterre, Alexander McQueen, 2011. Voir plus d'exemples : http://daily-movement.com/designer-world-cup-football-jerseys-by-famous-fashion-designers/
Angleterre, Alexander McQueen, 2011. Voir plus d’exemples : http://daily-movement.com/designer-world-cup-football-jerseys-by-famous-fashion-designers/


Enfin, côté publicité, on notera l’originalité dont a fait preuve la grande firme multinationale Mac Donald’s, qui a “relooké” ses cornets de frites pour l’occasion. C’était ainsi l’occasion de promouvoir dans le même temps les talents des artistes sélectionnés (Voir la liste en fin d’article [1]) et l’événement qui se veut planétaire depuis quelques décennies. Une initiative rare, car depuis 1969 le design de ce morceau de carton accueillant nos pommes de terres frites n’a jamais été modifié.

 

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Quand l’art se met au service des revendications politiques et économiques

Si certaines de ces formes d’art sont plutôt flatteuses, d’autres sont surtout revendicatrices. La défaite écrasante du Brésil face à l’Allemagne n’a fait qu’accentuer la colère des Brésiliens contre cette coupe du Monde désastreuse économiquement et qui sportivement aura terni, selon eux, leur “image”. On pense alors aux graffitis accusateurs dans les rues de Sao Paulo ou de Rio de Janeiro, mettant en exergue les injustices sociales, souvent liées au Mondial 2014. L’artiste nantais PEZ proteste également contre la coupe du monde avec son dessin nommé “Enjoy the cup” qui reprend au crayon fin la forme de la coupe en y intégrant des allégories des problèmes majeurs engendrés par cet événement. Pour appuyer son propos, PEZ vend aux enchères sa toile sur Ebay et reverse 50% aux enfants des favelas du Brésil par le biais de l’association «Enfants du Brésil ». 

PEZ : http://www.pez-artwork.com
Dessin par l’artiste PEZ : http://www.pez-artwork.com

A graffiti referring to the 2014 World Cup is seen in Rio de Janeiro

FBL-BRAZIL-WC-2014-GRAFFITI

 

 

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